La Radio Numérique Terrestre, vers une fin des radios libres ?
Publié le 12 février 2009
Ils sont plusieurs à s’en souvenir. 1981 était l’année de la radio libre. La fin du piratage de la bande FM pour plusieurs médias radiophoniques associatifs et - ou privés.
Mais les temps changent. Deux directives européennes prévoient la fin de ce mode de diffusion en faveur de bouquets numériques. Les radios associatives s’affolent : budget à revoir, nouvelle organisation à prévoir… Les difficultés ne manquent pas alors que la double diffusion - FM et numérique - devrait être déjà mise en place depuis janvier dernier, selon le site du CSA.
En effet, les directives européennes 2000/31/CE du 08 juin 2000 et 2002/58/CE du 12 juillet 2002 sont mal vus par nombre de radios. Principales « victimes » de ces textes : les radios libres et associatives.
A l’exemple de Radio Galaxie, radio associative créée en 2008, le passage de la FM au numérique n’est pas une mince affaire. Comme environ 680 autres radios de catégorie A, elle a déposé un dossier pour faire parti d’un « bouquet numérique ». André Samuel regrette le « coût extrêmement cher » de l’application de cette réforme.
Un coût que détaille Guy Mimart de Radio Occitania. La formation de l’équipe au nouvel outil numérique représente la somme de 18 000€ annuels. Si l’on ajoute l’acquisition du matériel le coût grimpe jusqu’à 50 000€ par an. Enfin, si on fructifie toutes les possibilités du média numérique les dépenses s’envolent vers 70 000€ chaque année. Sachant que le budget moyen d’une radio associative n’atteint que 150 000€, le passage au numérique représenterait 47% de celui-ci.
Ce n’est qu’à partir de ce prix que la qualité de diffusion sera maintenue. Plusieurs options moins onéreuses existent. « Si on prend la moins cher, la qualité sera celle d’un appel téléphonique » explique Guy Mimart.
De nouvelles options
La RNT arrive, mais pourquoi faire ? Tout d’abord la bande FM allouée à la radiophonie arrive à saturation. Certains dénoncent la redistribution de cette partie de la bande aux opérateurs de téléphonie mobile. Ensuite, nos nouvelles radios auront un écran type MP3 diffusant des informations et illustrations. Enfin, la directive vise l’homogénéisation de la diffusion radiophonique.
Et c’est là qu’arrivent les premiers problèmes ! La France et sa soif d’exceptions (culturelles !?) ont choisi une norme de diffusion différente de celle sélectionnée par ses partenaires européens. En d’autres termes, l’autoradio nouvellement acheté pour réceptionner la RNT ne fonctionnera pas en Espagne. Un problème auquel seront directement confrontés les habitants des régions frontalières avec d’autres pays européens.
Benoit, du Collectif Radios libres en lutte, dénonce également l’obstination de la France à imposer le tout numérique. « En Italie et en Suisse, les gouvernements proposent la double diffusion : FM et numérique ; ce qui n’est pas envisagé ici » précise-il. Le collectif anti-technologie souhaiterait avant ces rapides changements d’émission soient mieux pensés : « il faudrait redéfinir ce qu’est technologie et technique et surtout ce qu’est le « progrès » promis par cette RNT ».
Le collectif a déjà mené quelques actions. Il s’agit pour eux de sauvegarder le Fond de Soutien à l’Expression Radiophonique menacé par cette réorganisation de la radiodiffusion mais aussi et surtout les radios libres. « Les radios appartiendront à des diffuseurs comme TDF ou VDL. Quelle sera leur autonomie ?! » s’interroge Benoit.