Accueil > Infos > Frituremag > Portfolios

Pierre Assemat

N°1 - Temoins de peaux

Le silence des friches industrielles, l’odeur poussiéreuse d’une
prospérité d’antan, pas si lointaine. Graulhet est une ville enclavée
au sud du Tarn, aujourd’hui encore oubliée du chemin de fer.
Une petite ville, sans lycée, grignotée par la crise. En effet, un
cancer ronge l’industrie du cuir et ses mégisseries dont les hautes
cheminées de brique lorgnent sur un passé glorieux. Du XVIIIe au XXe
siècle, Graulhet était l’une des capitales mondiales du cuir.
Aujourd’hui les mégisseries souffrent, souffrent,à l’image des
générations d’immigrés aux corps et âmes brisées. iIl n’en reste plus
qu’une dizaine sur la centaine qui existait du temps de sa prospérité.
À l’abandon, ou tournant au quart de ce qu’elles peuvent produire,
elles deviennent d’immenses friches industrielles. Certaines connaissent une
deuxième vie, mais c’est une autre histoire.

Pierre Assémat, photographe tarnais, a « toujours photographié des lieux
abandonnés, des ruines où il ne reste plus que l’empreinte d’une vie ».
Cherchant un endroit pour quitter Toulouse, il passe par Graulhet en 1999. « Il
faisait gris, il n’y avait personne sauf des cheminées et ces friches. Je savais
que je reviendrais les photographier ».

Pierre Assémat a donc entrepris, quelques années plus tard, un inventaire des
friches graulhétoises dont nous publions une partie. « Je me suis inspiré de
l’oeuvre du couple de photographes allemands Bernd et Hilla Becher qui ont
photographié depuis la fin des années 50 des bâtiments industriels en Europe
et aux Etats-Unis ». Comme ces précurseurs de la photo documentaire pour
leurs typologies (1), il s’est imposé des règles de prise de vue strictes (cf.
rêgles de prise de vue).

En résultent des portraits frontaux de friches, des photos sans fard de
mégisseries dont « aucune ne se ressemble alors qu’elles étaient destinées à
réaliser le même travail ». Se dégage ainsi une esthétique de ces bâtiments
construits sans intention esthétique.


Règles de prises de vue

Photographie objective
Prise de vue réalisée à la chambre monorail
4x5 inch sur trépied
Utilisation de plans-films 4x5 ‘’ N&B
Point de vue frontal
Photographie prise par temps nuageux
Travail à des ouvertures
de diaphragmes très fermés
Titres des photographies se limitant
au nom usuel des mégisseries
accompagnées de la date
de prise de vue du cliché
Bibliographie :
Guide du pays Graulhétois par Georges
Vergnes, Revue du Tarn n°133
Typologies of industrial buildings
de Bernd et Hilla Becher
Contact : pierre.assemat chez free.fr

En images